dimanche 24 février 2013

La folie des grandeurs de Mingun



Les gardiens de Mingun
J’ai beaucoup de mal à supporter la chaleur écrasante et la pollution de Mandalay. J’ai repéré sur le guide un lieu sympathique coincé dans les montagnes touristiques le matin et beaucoup moins l’après-midi. Dès la sortie de Mandalay, le paysage change du tout au tout. Je me retrouve plongée dans la campagne avec ses scènes typiques. Les birmans habitent de petites maisons en bambous sur pilotis. Des espaces spartiates et sombres mais qui gardent la fraicheur. En bas, c’est la vie qui s’organise avec les enfants qui jouent avec rien, les femmes qui cuisinent, lavent le linge ou trient les légumes et les hommes qui font la sieste ou conduisent les charrues de bœuf dans les rizières. Ce paysage campagnard s’étend jusque la petite ville de Mingun un peu plus agité. Le long des rues, les commerces de babioles et de vêtements destinés aux touristes semblent pousser comme des champignons et témoignent de l’aspect prisé des lieux. 


La plus grosse cloche du monde (non pas moi)
Heureusement, à cette heure-ci aucun blanc à l’horizon et j’arrive tranquillement devant un monument gigantesque. C’est la paya Mingun. Cela aurait pu devenir le plus grand stupa du monde si le roi à l’origine du projet n’était pas mort. De loin, c’est un immense tas de briques qui se dessinent gardé par deux lions-dragons dont il ne reste que l’arrière mais qui laisse deviner des proportions pharaoniques. De près, le monument n’est pas très beau mais il impressionne par sa grandeur. 


Le temple aux deux bouddhas
Un peu plus loin sur la même route, un autre édifice témoigne de la folie des grandeurs de ce roi. Il s’agit de la plus grande cloche suspendue du monde. Impressionnante avec ses 4m de hauteur, ses 5m de diamètre et ses 90 tonnes, je me demande comment elle peut tenir en équilibre. A côté, je ressemble à une petite fourmi. Ses birmans avaient vraiment la folie des grandeurs comme si construire toujours plus grand ou plus somptueux leur assuré une vie meilleure ou l’atteinte du nirvana. Je termine mon épopée dans le monde fou de Mingun par un stupa Hsinbyume. Les birmans pensent qu’elle est posée sur la montagne au centre de l’univers le Meru. On y croit ou pas. Mais surtout, elle renferme deux bouddhas alignés ce qui en fait sa particularité. Mouais. Disons que les monuments en eux-mêmes ne valaient pas grand-chose mais au moins la vie locale des campagnes m’a permis de mieux appréhender encore la vie au Myanmar.


Sophie
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samedi 23 février 2013

Rencontre avec les locaux



Le travail dans les champs
Je supporte difficilement la chaleur et la pollution de Manalay et décide de partir m’enfoncer dans la campagne environnante. A la réception de l’hôtel on me parle de trois villes Saingaing, Inwa et Amapura. Malheureusement, je vais vite découvrir que ces trois lieux sont envahis de touristes. Exit la tranquillité recherchée. N’ayant pas le choix je commence par me mêler à la horde des bus touristiques (je n’en ai jamais croisé autant depuis mon arrivée) pour me retrouver sur le pont U Bein, le plus long pont en teck du pays. La déception est à la hauteur de la longueur du pont. En fait, ce n’est que des planches de bois posés sur des pilotis comme j’en ai déjà vu et traversé des centaines au Laos ou au Vietnam. Je m’éloigne rapidement du sentier touriste pour m’enfoncer dans les champs voisins. Je retrouve le sourire. Les femmes cueillent le riz avec le sourire tandis que plus loin d’autres lavent le linge dans la rivière où que leurs maris partent dans de petites barques pour la pêche. Des scènes locales que j’adore et j’y passerai bien ma matinée, me faisant inviter à prendre le thé dans le minuscule demeure sympathique si je n’avais pas un autre rendez-vous. Un rendez-vous en vacances. 


A l'école
Et oui, je dois rencontrer les moines et leurs novices dans la plus grande université monastique de Mandalay. Plus de 1 500 Moines y vivent et y font leurs études. Tous les matins, ces jeunes moines participent à une cérémonie pour manger. A 10h20 précis des centaines et des centaines de moines sortent de leur méditation pour se mettre en rang avec leur gamelle vide attendant d’être servi par les familles birmanes à l’entrée d’une immense salle-à-manger. Le spectacle est étonnant, surprenant même. Voir autant de moines aller chercher à manger pour la journée avant de repartir et surtout réaliser ce cérémonial, est un souvenir inoubliable. Dommage que je ne sois pas la seule à m’être renseignée. Des touristes aussi se pressent pour découvrir le monastère, la cérémonie du repas… Je les laisse partir espérant pouvoir discuter avec l’un d’entre eux à la fin du repas mais en vain. Ils repartent vite à leurs occupations et leurs études. Je continue donc vers Saingaing. Colline aux milles temples, elle n’a pas beaucoup d’intérêt si ce n’est de profiter de la vue sous un arbre. Je crois avoir perdu les touristes et prend le bateau pour Iwa. Peine perdue, j’ai à peine mis le pied sur l’île que je les vois par car entier. J’ai vraiment l’impression de m’être fait avoir. 


Procession de moines
D’autant plus que je suis obligée de prendre une calèche pour me déplacer et que les sites à visiter ne sont pas très beaux. Une fois encore c’est les scènes de la vie locale qui me vont me remettre du baume au cœur et susciter aussi de la colère. Alors que je photographie les paysans dans les champs et les maisons en paille et en bambou, profitant du charme bucolique, plongée dans la France profonde du XIXème siècle, je me retrouve dans une petite école à l’arrière d’un temple. Inutile de dire que je ne suis pas la seule que le cocher conduise. Assis sagement en tailleur, les enfants bonzes ou non lisent sous l’œil attentif d’un moine plus âgé, leur professeur. Discrètement je regarde par la fenêtre, faisant quelques photos sans flash pour ne pas déranger la séance. Mais à peine ai-je sorti l’appareil qu’un groupe de touristes français débarque sans ménagement dans la petite école armée de leur appareil photo et mitraillant à tout va avec le flash à 5 cm de la tête des gamins. Je suis furieuse de cette attitude. J’ai l’impression qu’ils en ont des bêtes de cirque ne respectant personne ni rien. Je déteste ce genre de tourisme non responsable et non respectueux des autres. Je ne suis pas certaine qu’il apprécierait si on photographiait leurs enfants de cette manière. Ecœuré je m’éloigne non sans leur faire remarquer leur attitude et je rentre à l’hôtel. Il est hors de question que je me laisse de nouveau avoir par les touristes demain et je plonge pour la première fois depuis mon arrivée dans le guide. 


Sophie
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Welcome in Mandalay



Monastère tout en teck
Arrivée tôt à Mandalay, je me lance à l’assaut de cette nouvelle ville, sur-polluée et bruyante. Je suis loin de la quiétude et la sérénité des temples de Bagan. Des temples pourtant la ville en regorge puisque c’est la capitale culturelle et spirituelle du pays. On le voit très vite avec un nombre impressionnant de bonzes couvert de leur robe bordeaux et de nones  avec leur robe orange et rose. Il parait qu’il vivrait plus de 10 000 bonzes et nones à Mandalay et ses environs. Autant de religieux demandent un grand nombre de temples et la ville n’en manque pas. Pourtant je vous avoue qu’après Bagan et ses milliers de pagodes, je décide de limiter les bouddhas et je me contente d’aller voir les plus beaux monuments. Connue et reconnue pour ses temples anciens en tek, je me consacre en priorité à ceux-là. 


Détail d'une sculpture
Direction donc Kyaung Shwe In Bin, le monastère du XIXème siècle construit par deux riches chinois. La première impression est assez étonnante. Je pensais sortir de la ville ou entrer dans un immense parc avant de l’apercevoir mais pas du tout. Le monastère est posé dans la ville au coin des échoppes de la vie quotidienne. Il y a juste quelques maisons de moines qui séparent la rue du monastère. Pourtant, passé sa porte, il règne une tranquillité et une sérénité presque hors du commun. Plus de bruit de rue, plus de cris d’habitants juste les moines et le monument. Et quel monument. Tout de noir perché sur des milliers de piliers, il semble sortir d’un autre temps. De plus, chaque centimètre carré est recouvert de sculptures finement sculptés dans le bois. Des personnages religieux, la vie de Bouddha, des animaux, des légendes et les histoires des souverains… j’ai devant moi un livre ouvert de bois. Dans la profondeur et la sérénité des lieux, j’éprouve beaucoup de mal à détacher mes yeux des milliers de sculptures et ne pas scruter chaque détail. Les différentes terrasses et le toit eux-mêmes sont couverts de cette dentelle de bois. A l’intérieur, les poteaux soutiennent un magnifique plafond et ici et là quelques feuilles d’or donnent un aspect surréaliste à ce lieu. Je passerai bien des heures à flâner si la ville ne renfermait que ce trésor d’architecture. 


Sculpteur de bouddhas
Je continue mon voyage religieux dans un tout autre endroit, également en tek : le Kyaung Shwenandaw. Seul vestige du palais royal car déplacé, il présente une architecture tout aussi étonnant que son prédécesseur et finement sculpté mais avec des motifs différents. Je suis plus dans la géométrie que dans les formes arrondies du Shwe In Bin. Ce que j’apprécie aussi dans ce temple monastère c’est la légende qui y règne. Le roi Thibaw y tua son père, le fameux et cruel roi Mindon et pour éviter que son fantôme le hante, il fit déplacer pièce par pièce le temple loin de sa vue. Sympa les relations père et fils.

Je continue mon escapade à Mandalay par deux autres sites spectaculaires la paya Kuthodaw et la paya Sandamuni. Il s’agit du plus grand livre ouverte au monde. En fait 729 stèles d’un blanc immaculé accueillent les stèles des écritures fondatrices du courant bouddhisme. Je me promène au milieu de toutes ses stèles, me disant qu’il faut vraiment être fou pour graver ces textes sacrés à ciel ouvert quand une jolie petite fille vient m’aborder. Elle me trouve rigolote et me parle dans un anglais simplet pour me demander d’où je viens, ce que je fais, qu’est ce que je visite… Une petite rencontre bien sympathique qui me redonne du courage sous la chaleur écrasante de la ville. 


Le bouddha de 19T d'or Mahamuni
Je repars le sourire aux lèvres pour me retrouver devant un bouddha hors du commun celui de Mahamuni. Ce bouddha géant est tellement couvert de feuilles d’or (on me glisse 15cm d’épaisseur), qu’on a l’impression que son corps est couvert de pustule en or alors que sa tête nettoyée avec soin par les moines restent lisse. Plus que le bouddha, se sont les scènes de ferveur des habitants et des enfants qui me marquent et surtout le fait que pour la première fois les femmes n’ont pas le droit de s’approcher du Bouddha. Assez étonnant quant on sait que la religion prône l’égalité et que la Birmanie est un des seuls pays d’Asie à pratiquer l’égalité homme femme dans la vie quotidienne. Même les propres croyants ne comprennent pas cette particularité. Personne ne sera me l’expliquer, pas même le moine que je rencontre en haut de la colline de Mandalay et avec qui je discute plus d’une heure avant que le soleil ne se couche doucement sur la ville folle de Mandalay (mon post plus haut).


Sophie
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Un pays en mutation


La vie locale tranche avec la richesse des temples
Je change de nouveau de ville en avion local plus que pittoresque pour atterrir à Mandalay. Changement de ville et changement de décor. Je laisser derrière moi les champs et les temples pour découvrir une énorme ville polluée à souhait et les temples. Mandalay me fait un peu pensé à l’Inde avec son côté désorganisé, sa circulation démentielle ponctuée de klaxon, sa pollution piquant les yeux et les gorge et ses échoppes pauvres. 


Une bonzette en prière
Après 6 jours en Birmanie, je commence à mieux appréhender la population locale et ses coutumes. Je dois dire que le pays est un savant mélange de différents pays asiatiques que j’ai visité jusqu’à maintenant. Mais ce qui me touche le plus c’est la discrétion des birmans. Ils sont ouverts et souriants, parlent avec plaisir de leur vie et surtout de leur religion (quand ils parlent l’anglais, ce qui reste très ponctuel en dehors de sites touristiques) mais se ferment dès qu’on aborde certains sujets comme la politique ou l’économie. Une seule personne acceptera d’aborder le sujet à demi-mot et il s’agit d’un bonze rencontré lors du coucher du soleil à la colline de Mandalay. Il va m’apprendre que le pays change tout doucement et s’ouvre depuis notamment la libération d’Aung San Su Ki et la venue de Barrac Obama. Un changement positif car « il y a déjà eu trop de morts ». Un changement qui se traduit aussi avec l’arrivée d’Internet dans le pays qui signifie une ouverture sur le monde. Il me parle aussi des chinois qui avec l’arrivée des touristes commencent à acheter des hôtels et autres industries et que cette nouvelle manne financière n’est pas forcément bien vu des intellectuels du pays. Je l’écoute posant quelques questions n’osant pas trop blesser son optimisme mais je me dis que le pays a encore beaucoup à faire avant de véritablement s’ouvrir sur le monde. 


Un peuple très croyant
Lorsqu’on sait que la majorité des enfants ne bénéficient que d’un enseignement spartiate voir pas du tout, que la majorité de la population ne parle pas anglais et ne peut donc pas vraiment voir ce qui se passe ailleurs sur Internet, ne bénéficiant que des informations distillées par le gouvernement, qu’il n’existe actuellement aucun lieu de rassemblement (pas de bar le soir ni de discothèque dans tout le pays)… il reste beaucoup à faire avant que la population ne prenne conscience des choses et des changements à effectuer. Et puis le pays est tout de même un des pays au monde les plus corrompus (avant dernier avant la Somalie). En me promenant et en ayant déjà vu quelques villes et villages du pays, je pense que la population n’a pas vraiment conscience des choses. Alors se pose une question. Vont-ils se révolter un jour en voyant le tourisme arriver et dépenser des sommes folles alors qu’ils ne gagnent qu’une misère pour des heures et des heures de travail ? Côté tourisme, vont-ils prendre conscience de la manne financière qu’apporte cette économie et devenir une Thaïlande bis surpeuplée ou un Vietnam abusant des étrangers en augmentant tous les prix ? L’avenir nous le dira mais je suis curieuse de voir à quoi ressemblera le pays dans 10 ans.

Sophie

jeudi 21 février 2013

Dernier jour et dernier émerveillement


Commerce de rue
Il me reste un temple essentiel que je souhaite voir et pour le coup il est situé juste devant l’hôtel. Du coup, je prends mon temps m’enfonçant un peu plus dans les chemins poussiéreux pour admirer les stupas, jeter un œil à quelques pagodes et leurs bouddhas, méditer devant ce magnifique spectacle et contempler la vie qui se déroule autour de ces monuments. Car la magie du site réside aussi dans cette vie qui s’y est organisée. Entre deux stupas, il n’est pas rare de trouver des champs, de voir des troupeaux de chèvres et de buffles gambadaient joyeusement… Comme si au fil des siècles, les birmans avaient oublié les temples qui les entouraient. Je vois aussi certaines familles profiter de l’ombre des pagodes désertées (sans bouddhas) pour préparer le repas, faire la sieste et même trier le riz et les légumes. Finalement, l’enchantement du site est fait aussi de ces petits gestes du quotidien et de cette vie locale loin ou pas des cars de touristes frénétiques qui ne les voient même pas.


La paya Schwezigon
Moi aussi je profite d’une sieste à l’ombre évitant la chaleur écrasante avant de me rendre à la paya Schwezigon. Elle a plusieurs particularités. La première, c’est une des dernières payas a toujours être en activité. Touristes et locaux se mêlent devant les dieux et les 37 nats. La deuxième, il est un des seuls voir le seul temple a revêtir un stupas en or alors que les autres sont pour la plupart en brique. Consacré à Bouddha et à ses 37 nats (disciples officiels), Schwezigon est impressionnante par sa clarté et sa ressemblance en miniature avec celle de Yangoon. Dans une petite salle, je découvre les 37 nats apprenant ainsi que Bouddha avait des disciples. Il faut vraiment que je me plonge plus attentivement dans ce courant de pensée à mon retour en France. En attendant, je profite de la sérénité et de la vie qui règne dans ce temple. Demain, je quitterai la quiétude de Bagan pour la ville folle de Mandalay.


Sophie
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